Corse-Romane
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L’art roman en Corse, à son apogée au XIIe siècle, est un art essentiellement placé sous l’influence de la Toscane, et plus précisément de Pise. Cette architecture a donné des monuments de dimensions réduites mais souvent de belle facture, en ce qui concerne en tous cas les monuments construits à l’instigation des maîtres pisans. Mais il faut savoir que les relations entre l’île et la Toscane remontaient déjà à bien longtemps.
Après quelques siècles de pax romana, interrompue brutalement au IVe siècle par les invasions, la Corse connaît une période de regression inquiétante et un repli des populations vers les montagnes. Même le christianisme y perd de ses adeptes qui, livrés à eux-mêmes, se remettent probablement à adorer les idoles de pierre, les menhirs. A partir du VIIème siècle, la Papauté commence à se préoccuper du sort de l’île et l’évangélisation reprend. Mais les siècles qui suivent sont troublés par les invasions sarrazines, et les Maures parviennent sans doute à s’implanter dans l’île. Quoi qu’il en soit, des liens entre la Corse et la Toscane se développent, et de nombreuses églises préromanes, modestes édifices à peine ornés, sont édifiés à une époque difficile à préciser, entre le VIIIe et le Xe siècle. Face aux empereurs, l’Eglise éprouve certes des difficultés à faire valoir la légitimité des Etats pontificaux, dont la Corse fait normalement partie : le Privilège d’Otton Ier, daté de 962, reconnaît au Saint-Siège le même droit que lui dénie Otton III, quelques dizaines d’années plus tard… Mais au XIe siècle, la volonté de la Papauté s’affirme : après les succès contre les Maures de la Reconquista menée dans les années 1020 par les républiques maritimes, Pise et Gênes, le Saint-Siège réaffirme ses droits, contre les marquis de Massa, à la possession de la Corse et confie la juridiction de l’île à l’évêque de Pise, dès 1077, pour la confirmer en 1091. Dès lors, le destin de l’île sera lié à Pise, au grand dam de sa rivale Gênes qui luttera sans relâche pendant le XIIe siècle pour obtenir du pape un partage de l’île en sa faveur. En 1119, la cathédrale de Mariana, la Canonica, est inaugurée en grande pompe par l’archevêque de Pise en personne, dont dépendront les évêchés corses, réorganisés et divisés en pièves. Mais dès 1133, Gênes réussit par ses manœuvres à obtenir la juridiction sur les évêchés de Mariana, de Nebbio et d’Accia, alors que Pise ne gardera le contrôle que sur ceux d’Aleria, Sagone et Ajaccio.
Pour asseoir son prestige et son pouvoir, la république lance un important programme de construction d’églises de pièves. Les équipes des maîtres d’oeuvre pisans importent leur savoir-faire - ils le faisaient déjà depuis un bon moment - et formant sans doute les artisans locaux, fixent pour longtemps une forme d’architecture qui sera copiée un peu partout dans l’île. Du XIe au XIIIe siècle principalement, c’est la floraison de l’architecture romane insulaire, fortement inspirée donc par le modèle toscan, également importé à la même époque en Sardaigne. Ce phénomène laissera encore un bon souvenir aux chroniqueurs du XVe siècle comme Giovanni della Grossa : la réalité de la politique coloniale de Pise ne fut sans doute pas aussi idyllique, mais seul les Pisans laisseront dans l’histoire insulaire leur marque de « paisibles possesseurs de l’île », bâtisseurs de « ponts superbes et de beaucoup d’autres édifices d’une architecture remarquable et d’un art singulier ».
L’habitat étant encore à l’époque très dispersé, on ne devra pas s’étonner de trouver peu souvent ces chapelles romanes dans les villages : elles devaient desservir des hameaux disséminés et étaient donc fréquemment implantées sur des voies de passage, pour la plupart désaffectées aujourd’hui. C’est pour cette raison que ces petites chapelles, émouvantes dans leur simplicité, sont de nos jours souvent bien cachées dans le maquis, implantées dans des lieux solitaires.
Comme les moyens des communautés qui les font édifier sont modestes, leur décoration sculptée est parfois sommaire : elle se limite aux modillons de la corniche, à quelques tympans naïvement traités, à des linteaux en plat relief. Une seule de ces chapelles est voûtée en berceau (la minuscule San Quilico de Montilati), très peu ont trois nefs séparées par des piliers. Mais leur harmonie indiscutable naît aussi bien des bandes murales, des reliefs de façade ou d’abside simples et vigoureux, que de la splendide taille de pierre - leur principal luxe, en fait - et des couleurs infiniment variées des granits, schistes, porphyres, serpentines ou calcaires employés selon la région.
A la fin du XIIIe siècle, Pise perd définitivement son hégémonie sur la Corse, au profit de sa grande rivale, la république de Gênes, qui ne laissera jamais dans l’imaginaire collectif le même souvenir d’un buon governo. Elle ne reprendra d’ailleurs pas à son compte le programme pisan. Il faudra attendre la lente éclosion de l’architecture baroque, principalement aux XVIIe et XVIIIe siècle en Corse, pour revoir - et surtout en Haute-Corse - un foisonnement architectural comparable à celui de la période romane.


Extrait de "Monuments de Corse" par Franck LEANDRI et Laurent CHABOT aux éditions Edisud (septembre 2003)