Eglises de Corse
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Diocèse ALERIA Ville CARBINI
Piève CARBINI Monument SAN GIOVANNI BATTISTA
       
Vue générale
Abside et façade sud Abside Abside et façade nord
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L’église romane de San Giovanni de Carbini doit une bonne part de sa renommée à la présence de son clocher, visible à des kilomètres à la ronde. Elle avait déjà été remarquée en 1839 par Prosper Mérimée, très intéressé par ce campanile ancien, une véritable rareté en Corse.
Cette pieve, datable du XIIe siècle, est sans doute à peine postérieure à l’église de Mariana. Sous l’abside et le chœur de San Giovanni, les fouilles ont révélé la présence des vestiges de l’église primitive, beaucoup plus réduite.
Une autre église, connue sous le vocable San Quilico, était accolée à celle-ci - un espace d’un mètre seulement sépare les deux bâtiments. Il n’en reste actuellement que l’arase des murs et une partie du pavement originel, retrouvé lors des fouilles pratiquées à la fin des années 50. San Quilico, en ruines, a servi de carrière pour la restauration du campanile, à la fin du XIXe siècle
Au XIVe siècle, Carbini fut le chef-lieu de la célèbre secte des Giovannali, qui tirait peut-être son nom de l’église même, où ses adeptes se rassemblaient. Elle comptait semble-t-il de nombreux prosélytes dans toute la Corse, une situation jugée dangereuse par l’Eglise : le pape de l’époque se chargea de les excommunier puis de les faire exterminer. Carbini fut par la suite repeuplée avec des habitants de la région de Sartène.
En 1589, les deux églises étaient encore debout mais déjà en mauvais état, comme la plupart des églises romanes corses, mais le campanile n’avait pas encore été ruiné par la foudre. En 1686, quand Mgr Spinola fit sa visite pastorale, l’église principale de la pieve était désormais San Nicolao de Levie. Peut-être la chute des étages supérieurs du campanile est-elle à l’origine de la destruction de San Quilico.
En 1883, les clichés pris par le Service des Monuments Historiques en vue de la restauration de l’ensemble montrent un campanile détruit pratiquement à la moitié de sa hauteur, et les cloches suspendues à un arbre proche de l’église. L’ensemble fut classé en 1886 et restauré : les reprises de maçonnerie sont visibles à partir du premier niveau de fenêtres. Une de ces baies en plein cintre s’était conservée intacte en place, avec sa colonnette centrale supportant un chapiteau, ce qui a permis une restitution fidèle des 12 fenêtres géminées ajourant élégamment la partie supérieure du campanile. La corniche supérieure et la couverture par un toit à quatre pentes sont peut-être sujettes à caution, mais cette restitution soignée a du moins le mérite d’être bien accordée avec le style sobre de l’église.
Celle-ci est relativement étroite – 24 m de long pour seulement 7 m de large – et donne l’impression d’être assez élancée ; les deux frontons triangulaires sont par ailleurs légèrement surhaussés par rapport au toit de la nef, et la porte principale, dotée d’un classique arc de décharge encadrant un tympan maintenant évidé, s’élève à plus de la moitié de la hauteur totale de la façade.
Les murs, très bien appareillés en blocs de taille variable aux assises régulières et dépourvus de pilastres latéraux, ont un aspect lisse, le seul relief étant donné à la base par un soubassement mouluré et au sommet par une belle corniche à arcatures. Comme à Poggio di Tallano, celle-ci est composée de petits arcs, non pas taillés dans un linteau monolithe, mais formés de quatre pièces moulurées reposant sur des modillons aux motifs géométriques, floraux et humains, plutôt variés. Là aussi, les évidements circulaires au creux des arcs renfermaient des bols de céramique vernissée, qui ont tous disparu. Au même emplacement, on a aussi gravé, mais sans programme précis, des animaux en léger relief. Cette corniche joliment appareillée, malgré quelque irrégularité dans la dimension des arcs, court sur les quatre faces de l’édifice sans aucune interruption.
Un peu isolé à l’écart du village, l’ensemble architectural formé par l’église et son campanile élancé reste un des sites les plus évocateurs de Corse-du-Sud.

On rapporte encore une légende sur le campanile : les habitants voulaient tellement un clocher exceptionnel (la tradition veut qu’il ait eu 7 étages à l’origine) qu’ils avaient fait appel à un architecte réputé, Maestro Maternato, venu de Forciolo dans le Taravo. Pour que l’œuvre reste unique en Corse, ils avaient conçu le dessein d’éliminer le maître d’œuvre à la fin des travaux ; ce dernier ayant eu vent du projet adopta alors la ruse de Pénélope, défaisant son travail au fur et à mesure pour finir par dire qu’il lui manquait des outils indispensables, laissés à son village. Il obtint alors d’envoyer 5 notables de Carbini à Forciolo, où ils furent reçus par sa famille, qui fut informée par un message et comprit qu’il fallait les garder en otages pour assurer la sécurité du maestro jusqu’à la fin… et le paiement du travail !

Laurent CHABOT
Monuments de Corse
Edisud 2003

Mur latéral sud
coté ouest
Mur latéral sud
coté est
Mur latéral sud ouest Mur latéral sud est
Mur latéral sud, centre Mur latéral sud, centre
Campanile coté sud Campanile, détail
Campanile coté est   Campanile, détail
   
  Façade ouest  

 


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