Eglises de Corse
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Diocèse ACCIA Ville GIACATOJO
Piève AMPUGNANI Monument SAN QUILICO
       

Façade ouest
Porte ouest
Façade nord-ouest Façade sud-est
Façade est Façade sud
Porte sud


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Dans l’ancienne piève d’Ampugnani on peut voir, dans ce nord de la Castagniccia où les églises baroques sont reines, un sanctuaire composite assez original, San Quilico de Giocatojo. L’église, identifiée comme baroque au premier abord, est isolée du village, posée sur un mamelon. En y regardant de plus près, on peut voir la particularité de cette église paroissiale : le sanctuaire « moderne » laisse encore visibles les traces de l’ancien ! En effet, la façade primitive de l’église, romane à l‘origine, existe encore dans presque toute sa largeur, exceptionnellement conservée apparente alors qu’elle aurait dû disparaître.
Le premier monument est datable approximativement du XIe ou XIIe siècle, du fait de son bel appareil de schiste gris régulièrement taillé. On le jugera d’une qualité nettement supérieure aux rajouts d’époque baroque : la belle taille de pierre, le parfait agencement des blocs sont souvent le seul luxe des édifices romans en Corse, mais ils résistent mieux aux siècles que le fragile enduit censé recouvrir, quand les moyens de la paroisse l’ont permis, les maçonneries des XVIIe ou XVIIIe siècles.
Le linteau de la porte romane, seule décoration de la façade avec ses deux corbeaux moulurés, permet aussi la comparaison avec d’autres églises presque contemporaines : le linteau de la Canonica à Mariana offre lui aussi la même caractéristique, ce motif de 10 cercles juxtaposés finement sculptés. Il est bien sûr difficile de dire si San Quilico a précédé la célèbre cathédrale ou si elle s’est inspirée de sa sobre décoration… La même façon de graver se retrouvera aussi à San Michele de Murato, sur un appui de fenêtre, mais avec des silhouettes d’oiseau moins sommairement incisées. Le linteau a ici un décor asymétrique, comme d’ailleurs celui des corbeaux, figurant des arcatures de deux sortes, dont une série rappelle fortement celle du linteau de Santa Maria de Casalta, attribuable également aux XIe/XIIe siècles.
Sur le tympan nu, encadré par un arc de décharge formé de claveaux assez réguliers, on a gravé (sans doute au XVIIe siècle) une inscription en latin, bien lisible mais mystérieuse, qui donne l’impression d’être inachevée, car trop au large dans son espace : on peut lire ECCLESIAE HUJUS LITTERIS AEDIFICATIO FUIT ANNO 700. G. Moracchini pense qu’au moment de la modernisation de l’église jugée vétuste, on a sans doute voulu souligner l’ancienneté du culte de San Quilico à cet endroit et rappeler (grâce à la connaissance d’archives disparues depuis ?) que l’édification de l’église primitive remontait à l’an 700. Un autre édifice préroman aurait-il donc précédé San Quilico ?
Des siècles après sa construction, l’église romane était en tout cas en assez bon état pour être jugée récupérable. La visite pastorale de 1646 ne décrit qu’un monument simple, pas encore remanié : c’est seulement après que l’abside semi-circulaire a dû être abattue, la façade rehaussée, la nef dotée de contreforts destinés à soutenir une voûte. Les blocs romans récupérés sont cependant encore visibles sur les murs, réemployés çà et là. Il est intéressant, par exemple, de voir que la belle porte latérale romane, surmontée de son arc de décharge, a été démontée et réutilisée sur un mur reconstruit, moins bien appareillé que la façade ; avec ses contreforts, l’église est plus large que ne l’était l’église primitive : derrière les pilastres de la façade, on devine encore,  grâce à la belle taille de pierre, ce qui a été l’angle du mur originel, avant l’adjonction des contreforts et des chapelles latérales.

Laurent CHABOT
Monuments de Corse
Edisud 2003



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