Eglises de Corse
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Diocèse NEBBIO Ville MURATO
Piève BEVINCO Monument SAN MICHELE
       
Restauration en cours le 16/11/2011 voir détails et voir photo
La restauration était terminée lors de mon passage en juin 2017

Façade ouest et sud-ouest

Détails façade ouest

Détails façade ouest

Mur sud coté occidental
Mur sud coté occidental, détails



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L’édification de San Michele de Murato, la plus connue des églises romanes corses, remonte très probablement à la fin du XIIe siècle. Elle est bâtie dans le style, alors à son apogée, répandu dans toute l’île par les Pisans depuis plus de cent ans. Pour préciser la datation de ce monument si original, on peut en faire la comparaison avec d’autres églises semblables, sur la péninsule italienne : la mode de la dichromie et des bandes murales s’est en effet particulièrement développée à Pise, Pistoia et Lucca au milieu de ce siècle.
San Michele, remarquée par Mérimée dans son inspection de 1839 comme « la plus élégante, la plus jolie église qu’[il ait] vue en Corse », a été classée Monument historique dès 1875. Elle était encore bien conservée, sauf le campanile qui a eu besoin d’être restauré dans sa partie supérieure. Une reproduction de San Michele, du début du XIXe siècle nous prouve qu’il a été à cette occasion abusivement surhaussé, peut-être dans le but de donner plus d’élan à la façade…La couverture a d’abord été refaite en tuiles rouges dans les années 1960, mais les teghie traditionnelles – bien plus en accord avec la tonalité des murs - ont heureusement été rétablies plus récemment.
Malgré ses dimensions assez réduites, San Michele est l’église romane la plus ornée de Corse : cordelière, bandeaux travaillés en frise sous le rampant du toit, modillons, archivoltes des arcs ou des fenêtres, tout ce qui pouvait être embelli l’a été, tous les emplacements utilisés. Personnages sculptés, incrustations de motifs en pierre verte sur fond blanc, ou de petites pierres rouges sur fond vert, polychromie régulière ou désordonnée : à l’échelle de l’île, tout a été mis en œuvre pour montrer un savoir-faire ou produire un effet de richesse.
San Michele est faite pour être remarquée de loin : isolée et mise en valeur sur son poggio, elle annonce la couleur (les couleurs !) et se signale déjà par son allure et son original clocher.
La façade à trois arcades est d’un style comparable à celle d’Aregno, composée aussi de 4 arcades, mais plus hautes. Ces arcatures aveugles – celle du centre est l’arc de décharge encadrant le tympan nu - sont reprises un peu plus haut par les arcs sur lesquels reposent les murs du clocher-porche, unique en Corse, relié à la façade par deux consoles et s’appuyant sur deux grosses colonnes en avancée : avec Carbini, c’est le seul clocher contemporain de l’église qui nous soit parvenu assez bien conservé.
A chaque retombée d’un arc de la façade correspondent des sculptures en haut-relief, quadrupèdes ou statuettes, ces dernières étant couramment interprétées comme les portraits de pieux donateurs ou des allégories du pouvoir judiciaire.
La plupart des motifs sculptés s’inscrivent dans une tradition, et puisent leur inspiration dans la décoration d’autres églises : des statuettes très semblables ornent par exemple la façade de la Trinità d’Aregno, le bestiaire (en particulier les quadrupèdes à l’allure féroce) ou les chapiteaux à coquilles sont repris sur ceux de la cathédrale du Nebbio, le motif de l’Agneau de Dieu (sur la fenêtre nord-ouest) est identique à celui de Mariana, et le motif de la tentation d’Eve par le serpent (fenêtre nord-est) rappelle les tympans du baptistère de Valle di Rostino ou de San Quilico de Cambia.
D’un autre côté, une bonne partie du programme iconographique est assez étrange, volontiers fantaisiste a-t-on envie de penser, et difficile à interpréter ou à raccorder à la symbolique romane traditionnelle : les appuis de fenêtres gravés de 12 cercles, ou du thème de l’ange et du vendangeur, par exemple… Signes d’une symbolique désormais perdue, ou marque d’une certaine liberté dans le choix des motifs ? La sculpture à Murato est parfois même suffisamment obscène pour que l’Inspecteur Mérimée, analysant le monument, s’avoue surpris de cette audace dans un pays grave comme la Corse, et se trouve poussé par la bienséance à utiliser le latin et le grec pour faire la description de certaines figures  !
Quoi qu’il en soit, les tailleurs de pierre de San Michele, mettant à profit les qualités des matériaux choisis – une belle serpentine vert foncé, très dure, et du calcaire plus facile à graver - ont montré plus de virtuosité dans les motifs géométriques que dans les représentations humaines et animales, que Mérimée trouvait d’exécution assez barbare, et que notre époque juge savoureuses ou amusantes…

Laurent CHABOT
Monuments de Corse
Edisud 2003

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Mur sud centre
Mur sud centre, détails
 
Mur sud coté oriental
Mur sud coté oriental, détails


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Façade est
Façade est, détails
 
   

Façade nord, détails

D'autres informations sur cette magnifique église, cliquez ici.



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Intérieur

Intérieur,
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Modillon coté nord Modillon coté sud

Fenêtre meutrières mur sud Fenêtre meutrières mur sud


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