Eglises de Corse
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Diocèse AJACCIO Ville POGGIO DI TALLANO
Piève ATTALLA Monument SAN GIOVANNI BATTISTA
       
Départ d'itinéraire

Vue depuis la route
 
Façade est Façade est, détail  
Façade est, détail gauche Façade est, détail centre Façade est, détail droit
Façade nord-est Façade ouest Façade sud

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La belle église romane de San Giovanni, ancienne pieve d’Attalà (un nom qui s’est conservé presque intact), à 20 mn de marche de Poggio di Tallano, est la copie quasi conforme de San Giovanni de Carbini. Elle s’élève de nos jours, comme sans doute à l’époque de son édification, dans un lieu isolé des villages voisins, au lieu-dit Pieve e San Giovanni (probablement occupé dès l’époque romaine), sur le parcours d’un important chemin muletier montant du pont sur le Rizzanese, l’actuel pont-passerelle de Piombato. D’après ses caractéristiques architecturales, on peut très vraisemblablement la faire remonter au milieu du XIIe siècle, en pleine période pisane.
En 1587, le visiteur apostolique décrivant l’église en parlait comme d’un sanctuaire de campagne, isolé sur son poggio. Chose assez rare, il signalait la présence, au centre du bâtiment, d’un grand baptistère en forme de puits (aujourd’hui complètement disparu, comme les colonnettes qui le surmontaient). Deux petits autels flanquaient alors le maître-autel, mais l’église n’avait même pas de campanile, seulement une cloche accrochée à un arbre. Le sol était de terre battue, sans dallage : en clair, elle manquait déjà de tout… A ce genre de description, on comprend mieux que pour un homme d’église du XVIe siècle, ces vieux monuments romans étaient décidément bien rustiques, et assez peu dignes d’admiration.
San Giovanni fait pourtant partie d’une « série » de trois monuments romans parmi les plus élaborés de Corse-du-Sud, et par chance parmi les mieux conservés : San Giovanni de Carbini, Santa Maria Assunta de Santa-Maria-Figaniella et cette église semblent avoir été conçues par le même architecte, quasiment à la même époque, tant leur ressemblance est évidente. Doit-on reconnaître ici aussi la trace du maestro Maternato, auteur selon la tradition du campanile de Carbini ? Entre les deux, on peut jouer au jeu des 7 erreurs ! Mêmes dimensions à peu de chose près, même plan simple avec abside semi-circulaire, 2 portes dont une latérale, rehaussées par des arcs de décharge soigneusement appareillés. On est manifestement à une époque de grand foisonnement architectural dans l’île, impulsé par la consécration solennelle de la cathédrale de Mariana au début du XIIe siècle, symbole du développement du programme pisan en Corse. De nouveaux décors sont imaginés, de nouvelles techniques mises en œuvre, et on rivalise d’une pieve à l’autre…
La similitude la plus frappante entre Carbini et Poggio di Tallano concerne le décor de la corniche à arcatures. Celle-ci court sans solution de continuité sur les 4 faces des deux monuments, juste sous le toit. Dans les angles, des consoles plus ou moins travaillées assurent le raccord entre les arcs, tous construits de la même manière avec des sections de circonférence moulurées, quand d’autres monuments sensiblement de la même époque utilisent des blocs monolithes pour former ces mêmes arcs. Une infime différence toutefois entre la pieve de Carbini et celle d’Attalà : ici l’écoinçon qui forme le départ de deux arcs est d’une seule pièce, du moins sur les corniches latérales, celle de l’abside étant faite comme celle de Carbini. La réalisation est de toute façon très soignée, tout a été pensé dans les moindres détails. On remarquera que la corniche sous les rampants du toit de la façade principale comporte deux arcs de moins que celle de la façade orientale : cette dernière s’éloigne peu à peu du toit pour finir au centre par une arcature plus large, coiffant une croix évidée. En façade occidentale au contraire, la continuité de la corniche est assurée horizontalement par une série de dix arcs délimitant la base d’un fronton : la corniche supérieure court juste sous le toit et ne compte dès lors plus que sept arcs, dont un central deux fois plus large qui rappelle, au sommet de la façade, l’arc principal de la porte.
Cette corniche forme l’essentiel du décor, avec la série de modillons souvent simplement épannelés ; seule la console de l’angle sud-est est plus travaillée, avec deux masques humains sur une face et trois têtes animales sur l’autre. Quelques bols de céramique brillante donnaient également une touche de couleur aux arcatures : il en reste quelques-uns in situ, ou leur emplacement en creux. Cette église était dépourvue de toiture au moment de son classement sur la liste des Monuments Historiques en 1930. On peut regretter aujourd’hui que la couverture ait été refaite en tuiles : comme à Santa-Maria-Figaniella ou à Carbini, la pose des teghie traditionnelles en fines lames de granit rendrait à l’église son allure originelle.

Laurent CHABOT
Monuments de Corse
Edisud 2003

Fenêtre-meurtrière Porte sud
Détails de la façade nord
Abside intérieur
malheureusement habitée



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