Eglises de Corse
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Diocèse NEBBIO Ville SANTO PIETRO
DI TENDA
Piève SANTO PIETRO
DI TENDA
Monument SAN PIETRO
       
 

façade occidentale
détails coté nord
détails coté sud
porte occidentale
façade orientale
détails nord détail sud
abside
détails


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Comme l’église Santa Maria de Canari dans le Cap Corse, à laquelle elle ressemble beaucoup, cet édifice, roman à l’origine, est datable de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle.
Un document de 1490, cité par G. Moracchini, nous apprend que l’évêque du Nebbio avait octroyé à un prêtre le bénéfice de la pieve de Santo Pietro e San Giovanni de Nebbio, alors que d’autres personnes s’y intéressaient grâce à la protection de l’Office de St Georges. Ce double vocable, que n’a pas conservé la tradition orale, indique que cette église devait aussi assurer les fonctions baptismales normalement liées à San Giovanni Battista, mais on n’a pas retrouvé trace du baptistère.
Comme tant d’autres églises de fondation ancienne, elle était en voie d’abandon dès le XVIIe siècle, puisqu’en 1630, des Capucins déjà installés non loin de là obtinrent l’autorisation du pape Urbain VIII de s’en servir comme église conventuelle. L’église perdit alors son vocable roman de San Giovanni pour prendre celui de San Ghiseppu u novu, par référence à l’ancien couvent tout proche San Ghiseppu u vecchju. Elle n’est plus ensuite mentionnée dans les visites pastorales, puisque l’église du village, San Giovanni Evangelista, était désormais devenue l’église paroissiale.
Le couvent a sans doute été vendu à la Révolution, puis abandonné. L’ensemble était gravement ruiné jusqu’à son rachat par le père de l’actuel propriétaire des lieux, qui est à l’origine de la restauration des bâtiments conventuels du XVIIe siècle. L’église, inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques dès 1926, a ensuite été restaurée par l’Etat et la toiture refaite, malheureusement avec une couverture en tuiles rondes.
Les Capucins ont fait subir à l’église romane de nombreuses transformations, pas toujours très heureuses : adjonction d’une voûte à pénétration en couverture de la nef, ouverture de larges fenêtres dans l’abside et la façade (supprimées au moment de la restauration), ouverture de chapelles latérales…
Ils ont surtout enserré l’église dans les bâtiments conventuels, qui ont servi en quelque sorte de contreforts et ont au moins permis la conservation de l’église. Seules la façade et l’abside (maintenant à l’étroit dans une petite cour intérieure) demeurent bien visibles.
L’église San Giovanni avait des dimensions tout à fait respectables – 18 m par 6,6 m - pour une église romane corse à nef unique. Sa caractéristique la plus originale est sans doute la décoration des arcatures. Classiquement bien sûr, chaque retombée d’arc sur les façades ou la corniche de l’abside est ornée d’un modillon sculpté, et les motifs sont assez nombreux et variés ; une cordelière courant au-dessus de l’arcature de l’abside donne d’ailleurs l’impression d’un décor comme suspendu devant le mur pour lui donner du relief. Mais les sculpteurs se sont pour ainsi dire amusés à décorer aussi les tympans d’un arc sur deux, au lieu de les évider complètement, ou d’y placer en creux de petits bols de céramique polychrome. En Corse, il n’y a pratiquement qu’à Santa Maria de Canari, manifestement contemporaine - sinon bâtie par le même maître d’œuvre - qu’on retrouve ce détail architectural. Mais alors que dans cette église du nord du Cap, on a l’impression que les motifs ont été placés un peu n’importe comment, ils semblent ici faire partie du programme, du fait de la régularité observable dans leur emplacement. Tous ces motifs assez plats et stylisés, spirales circulaires ou têtes barbichues volontiers caricaturées, sont de toute façon traités avec sécheresse, comme si les motifs originels, transmis et copiés depuis des générations, avaient fini par s’épuiser.

Laurent CHABOT
Monuments de Corse
Edisud 2003



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